Organicité et feuilletage: le cas de la lumière
Un texte sur les utilisations et évolutions de la matrice dans un contexte de création lumière
Le paradigme à l'oeuvre lors de la mise en forme du concepteur lumière est le plus souvent celui mis en place par les constructeurs de consoles lumières, et s'articule traditonnellement autour des idées de canaux, de groupes de canaux qui sont commandés par enchaînement de scènes. La proposition issue des ateliers Gangplank et son implémentation par Bruno Pocheron et Olivier Heinry autour du programme libre Puredata et du matériel Lanbox est celle du travail par couches et par animation de celles-ci via des médias mélangées entre eux comme caméra, vidéos, échantillons sonores et interfaces d'écriture anlogique en direct (palette graphique, joystick, capteurs éventuels...). Il s'agit d'une recherche tendant à réinjecter de l'organicité dans la technique, en cherchant à restituer des mouvements, des images proches de ceux trouvés dans la nature par des moyens artificiels.
Le but est plus de convertir à la volée, éventuellement en le transmutant, des sources considérées globalement et non pas seulement de faire appel à une succesion de stases, d'instantanés. Evidemment, il est régulièrement fait appel à ces états, mais l'idée est de pouvoir faire émerger une couche vivante d'une couche statique et vice-versa. On peut créer ainsi un échiquier où jouer en n dimensions.
Les premières étapes de travail de la lumière se sont organisées autour du concept de matrice appliquée à un plan feu. Nous avons d'abord utilisé un simple motif chargé dans le programme que le régisseur lumière peut déplacer à sa guise en abcisse comme en ordonnée, mais suivant un rapport proche du 1:1, en se contentant donc de mouvements latéraux, éventuellement en jouant sur l'intensité. En soit, on est proche de la stase critiquée plus haut, on pourrait objecter qu'il s'agit simplement d'une autre manière de stocker des données, mais la nuance se trouve dans l'adjonction d'un gestionnaire de pente en sortie, qui permet de lisser la vitesse à laquelle dont une source variera suivant sa direction.
L'étape suivante a consister à injecter dans la matrice de conversion des images animés, par exemple le flux provenant d'une caméra, des fichiers vidéos préenregistrés. Nous avons alors entrepris de mixer et transformer ces éléments en soi, plutôt que de les plaquer, ainsi que de sélectionner les médias eux-même avec soin, en utilisant des boucles de flammes filmées en gros plans, des boucles de mouvements de la main...
Une autre étape a consister à envisager différemment l'étape concrète de mise en lumière de la matrice. Les premières implantations étaient sur le modèle d'une matrice de projecteurs identiques homogènement répartis et réglés en douche légèrement à contre-jour. Les impacts au sol permettent alors de transformer ce dernier en un écran à réflexion indirecte. Plus récemment, sous l'effet de la contrainte architecturale d'un lieu de création, la diffusion par matrice homogène s'est retrouvée adaptée en incluant des sources latérales, implantation plus libre qui a été conservée même pour d'autres lieux durant la tournée qui auraient permis une implantation plus régulière, mais la contrainte s'est retrouvée intégrée à la forme.
L'étape actuelle vise à étendre le feuilletage des sources à des sources d'écriture en direct sur le principe de la palette graphique, permettant de dessiner, gommer la diffusion lumière en direct. La piste de la Kinect est également envisagée, plus d'ailleurs pour sa capcité à capturer la profondeur que celle à suivre un squelette.
Nantes, Janvier 2011
